| 2026-06-15 | |
Implantée sur les rives du lac Memphrémagog, dans la région de Potton, cette résidence se confronte à un paysage de forte intensité géographique et atmosphérique. Le site, défini par une pente plongeant vers une étroite bande littorale, se trouve souvent obscurci par l’ombre portée des massifs environnants, générant une ambiance à la fois archaïque et contemplative. Le projet se développe dès lors comme une réponse à la nature dramatique du lieu, une tentative de cohabitation respectueuse avec l’expressivité du terrain.
L’approche architecturale s’inscrit dans une logique de retrait — non pas comme effacement, mais comme stratégie d’atténuation de la présence bâtie. Deux volumes, distincts, mais corrélés, émergent du sol dans un dispositif fragmenté. Chacun se dote d’une toiture à double inclinaison (pente et contre-pente), une solution morphologique qui engage un dialogue subtil avec les lignes du relief, tout en fragmentant l’échelle du bâti.
Le toit du volume principal devient un espace essentiel : une terrasse-belvédère, à la fois seuil, lieu de réception et point de fuite visuelle. Ce plan horizontal, rare dans un site gouverné par la déclivité, fait office d’articulation entre architecture et paysage, entre expérience du sol et projection vers le lointain. Il introduit une dimension presque rituelle dans l’acte d’habiter, où l’entrée dans l’architecture passe par une pause contemplative.
Le volume principal s’organise selon une logique longitudinale, épousant le replat naturel sans altération excessive du terrain. Ce positionnement topographique permet une insertion douce, presque furtive, qui valorise une forme de passivité constructive. Les espaces intérieurs, tournés vers le lac par de grandes baies vitrées, diluent la frontière entre dedans et dehors. Par leur extension en terrasses, les planchers deviennent médiateurs : ils orchestrent une porosité spatiale entre l’habité et le paysage, où les seuils s’estompent au profit d’une continuité perceptive.
Les deux volumes supérieurs, aux formes élancées, se font dos, s’orientant respectivement vers le lac ou vers la montagne. Les chambres qu’ils accueillent se retrouvent nichées dans les arbres, avec comme tableau naturel le feuillage des arbres.
L’organisation spatiale, induite directement par la topographie du site, engendre un parcours inversé. L’entrée se fait par le haut, en surplomb du lac, tandis que les pièces de vie s’installent au contact du sol, adossées à la pente, dans l’intimité du lieu.
En réponse à l’expressivité du lieu, la charpente de bois apparente est laissée brute. Celle-ci rythme la déambulation, elle en est un fil conducteur. La matérialité participe de cette écriture contextuelle. L’assise de la maison, en contact avec le roc naturel est en béton banché, le cèdre naturel, laissé à sa patine, s’accorde chromatiquement aux textures végétales et minérales du site. À l’intérieur, le chêne blanc réintroduit une dimension chaleureuse, presque domestique, contrastant avec la nature brute du dehors. Les éléments noirs — encadrements, percements, détails — s’inscrivent comme dispositifs de cadrage, prolongeant une pensée du paysage en tant qu’image et profondeur, selon une logique quasi picturale.
Ce projet peut être considéré comme une méditation architecturale sur le paysage : ni pastiche, ni rupture, mais une tension maîtrisée entre visibilité et retrait, entre affirmation architecturale et effacement. Il interroge la manière dont l’architecture peut s’inscrire dans un site non pas comme objet, mais comme mise en condition de l’expérience du lieu — une architecture en creux, qui révèle plus qu’elle s’impose.
yh2 est un atelier de conception architecturale fondé en 1994 par les architectes Marie-Claude Hamelin et Loukas Yiacouvakis. Pour yh2, l’architecture est l’art du lieu, tant celui dans lequel le projet s’inscrit, et qu’il transforme, que l’espace intime qu’il crée. Le projet architectural, fruit d’une réflexion axée sur le paysage ou la ville, constitue ici un outil de création et de transformation du quotidien.
L’agence se veut un atelier de recherche et d’exploration du projet architectural, envisagé dans sa globalité. Un soin particulier est porté à la matière, à sa mise en espace et à sa théâtralité. Tout est soigneusement étudié, de l’intégration architecturale au développement conceptuel du projet, des dessins de construction aux détails architecturaux et du design d’intérieur au design de mobilier et d’objet. Le concept est élaboré avec économie de moyens, chaque élément devant s’avérer nécessaire à la composition d’ensemble pour être retenu.
yh2 a décidé de se concentrer sur un nombre limité de projets. Dirigée par les associés fondateurs, l’équipe accorde son entière attention à ses projets dont la qualité a été maintes fois primée au cours des ans.
Photo credit: Maxime Brouillet
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